Les différentes étapes du bilinguisme

Bon, je vais me faire des cheveux blancs toute seule si je dis ça, mais tant pis je le dis quand même : en août ça fera 5 ans qu’on est à Houston. Gloup’s.

Du coup, je me demandais  tout à l’heure où en était mon niveau d’anglais, après toutes ces années passées ici. Comme j’étais à un feu en voiture et que c’était long, long, long, j’ai eu le temps d’élaborer une théorie : les différentes étapes du bilinguisme chez l’expatrié.

Je vous explique le concept : j’ai remarqué que l’apprentissage d’une langue se fait par paliers. Un jour tu te surprends tout seul par la fluidité de ta prose, et le lendemain, tu te surprends tout seul avec tous ces mots qui ne veulent pas sortir dans le bon ordre de ta bouche. Pas de panique, c’est normal (enfin, je crois) ! C’est juste que tu es à la limite entre 2 paliers, et que selon ton état de fatigue, l’heure de la journée et l’âge du capitaine, tu t’en sors plus ou moins bien… Après, ça rentre dans l’ordre.

Les différentes étapes du bilinguisme

Je vais essayer de vous résumer ma théorie du bilinguisme chez l’expatrié, d’après ma petite expérience (amis linguistes qui me lisez, pas d’affolement, je vais encore peaufiner ma théorie avant d’essayer de rentrer à l’académie française…).

Stade 1 : tu viens d’arriver, tu comprends rien, tu parles pas. Simple, rapide, mais pas très efficace.

Stade 2 : tu commences à comprendre quelques bribes de conversation si tu écoutes un seul interlocuteur. Dès qu’il y a un groupe, tu te mets à penser à ta liste de courses. Niveau parler, tu as de la peine pour les gens en face qui essaient de ne pas décrocher en t’écoutant ramer.

Stade 3 : Youhou, tu comprends enfin mieux ! Bon tu passes à côté des blagues et du langage familier, mais si ton interlocuteur n’a pas un trop fort accent, tu peux à peu près suivre (en très gros, quoi…) Tu commences à pouvoir t’exprimer avec des mots dont tu ne soupçonnais même pas l’existence quelques mois plus tôt. Il faut juste pas d’imprévus. Les Mormons qui sonnent à ta porte pour te refiler la Bible, t’aimes pas. T’as pas encore le vocabulaire pour t’en dépêtrer.

Stade 4 : Là, tu commences à pavaner. Tu comprends, tu participes à peu près aux conversations (petite astuce de sioux : ne finis pas ta phrase si tu galères, laisse la en suspens… y’en a forcément un qui prend pitié de toi à un moment pour t’aider à terminer sans que ça se voit trop…). Tu commences même à envoyer des sms en anglais, en te disant que quand tu seras milliardaire, tu feras inventer un système qui auto-détruit les messages approximatifs (les écrits restent…). Et alors là, ATTENTION, faut pas trop t’endormir sur tes lauriers, parce que tu repasses assez vite du stade 4 au stade 3. Tu sais pas pourquoi, d’un coup, pfiout, t’as tout oublié. Et tu galères avec tes Mormons.

Stade 5 : tu es devenu beaucoup plus humble. Au début, tu as l’excuse que ça fait pas longtemps que tu es là. Là, tu l’as plus. Alors de temps en temps tu joues le tout pour le tout, et tu balances un petit « he would have been », « he could have done » et tu pars vite en courant. Le pire, c’est que parfois ça passe ! Alors tu reviens en sifflotant, comme si c’était ta seconde nature de parler au plus-perfect antérieur. Dans tes jours de folie, tu te mets à écrire quelques mails. Et tu te demandes comment terminer ton message, histoire de ne pas mettre « Bisous » à ton directeur.

Stade 6 (j’en suis là) : Tu te surprends un beau matin à comprendre la radio. Ouais, la radio. Avec des vrais gens, qui parlent, rigolent, font des blagues, posent des questions dans une langue qui n’est pas la tienne. Alors certes, parfois tu rates un ou deux trucs, mais waouh, tu comprends la radio ! Et tu comprends que tu comprends les paroles de chansons. Et tu comprends que c’était mieux avant (* voir ci-dessous, parce que vraiment, c’était mieux avant). Tu en es au stade où tu passes d’une langue à une autre sans t’en rendre compte, et parfois tu ne sais plus dans quelle langue tu as parlé. Tu écris des mails sans avoir 18 de tension. Pour autant, tu es loin d’être bilingue, très très loin. Il te manque toutes les expressions, le langage familier et les références culturelles. Mais quand les Mormons sonnent chez toi, zou, expédiés !

Les différentes étapes du bilinguisme chez l'expatrié

Voilà, j’ai hâte de connaître les stades suivants maintenant, même si je pense que je vais stagner encore un bon moment au niveau 6 (sans compter les inévitables retours aux stades inférieurs parce que c’est un soir de pleine lune, que ton équipe de football américain a manqué un touchdown ou que tu as vu un escargot pendant ta balade dominicale).

 

Amis expatriés, vous reconnaissez vous dans cette description ? Racontez-nous vos expériences !

 

* Non mais là faut que je vous raconte, Un jour j’ai BUGUE en voiture, grave. J’écoutais la chanson de Dire Strait « Money for Nothing ». Bah en fait j’ai compris qu’ils parlaient de leur électroménager. Non mais… pourquoi ?!

We gotta install microwave ovens
Custom kitchen deliveriiiiiiiiiiiies
We gotta move these refrigerators
We gotta move these colour TVVVVVVV’s

10 commentaires sur « Les différentes étapes du bilinguisme »

  1. J’ai adoré cet article notamment parce que je me suis bien évidemment reconnue. Je n’ai pas la chance d’avoir une longue vie d’expat car la mienne a duré 8 mois (en Angleterre). C’était suffisant pour ressentir tout ce que tu décris. Le plus drôle pour moi a été de commencer à rêver en anglais alors que je restais muette la journée par peur de mal parler, faire des erreurs…
    Je pense qu’il ne faut pas trop réfléchir et se dire que c’est déjà un exploit de s’adapter à un nouveau système et que les habitants sont totalement compréhensifs (voire admiratifs) face à quelqu’un qui s’adapte à leur mode de vie et leur langage. Voilà mon avis…
    J’aime beaucoup ce blog je reviendrai :).
    Florence.

  2. Je pense que j’en suis à peu près entre 5 et 6 (les paroles de chanson, c’est tout à fait ça!) mais ma grammaire est pathétique, donc mes enfants qui eux sont vraiment bilingues me corrigent… J’ai quand même un peu honte de dire que ça fait 5 ans qu’on est là, ceci dit je parle français toute la journée…

    1. J’aurais pu écrire ce message mot pour mot ! La grammaire pathétique, le français toute la journée, les enfants qui me corrigent… la honte ! Depuis 1 an je travaille dans un milieu plus anglophone, mon niveau a fait un grand bond, enfin ! Donc courage, tout n’est pas perdu 😉

  3. Super sympa ton article. Cela fait 2 ans que je vis à Manchester et je suis passée par les même étapes que toi. Il y a une étape aussi quand tu commences à rêver en anglais. Une autre quand tu rentres à la maison fatigué après avoir bosser toute la journée en anglais et que tu commences à parler en anglais à ton compagnon (qui est français). Qu’il te regarde bizarrement et croit que c’est un nouveau jeu alors il te répond aussi en anglais. lol
    Je viens de découvrir ton blog et je le trouve super. Il est dans mes favoris maintenant. Bonne continuation.
    Mélodie

    1. Merci beaucoup pour ton gentil message Mélodie 🙂 C’est vraiment rigolo car j’ai lu ton commentaire ce matin mais je n’avais pas le temps de te répondre, et ce soir quand mon mari est rentré (fatigué) du boulot, il s’est mis à me parler en anglais ! J’ai pensé à toi du coup ! A bientôt sur le blog 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s