Les cow-boys et les indiens, entre mythe et réalité (partie 2)

Mes chers amis lecteurs, un grand merci à vous pour votre patience ! Voici la suite de l’article ! (Et je plains d’avance notre pauvre Lucky Luke qui va sûrement se retourner dans sa tombe…)

Comme je le disais dans mon précédent article sur les cow-boys, si on y regarde bien de plus près, c’était pas franchement folichon comme métier. En effet, les cow-boys étaient de simples employés de fermes, sous-payés, souvent méprisés, exerçant un métier difficile et monotone, et surtout très dangereux.

Mais alors, que s’est-il donc passé à la fin du 19ème siècle pour que les cow-boys deviennent ces personnages mythiques, grands défenseurs des valeurs américaines ?

Allez, je vous donne un indice… Vous voyez cet homme ? Savez-vous qui c’est ?!

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Cet homme, messieurs dames, a été l’un des plus grands visionnaires de son époque, l’ancêtre fondateur des plus grands shows de la planète (Madonna, incline-toi). Cet homme n’est autre que William F. Cody, plus connu sous le nom de… Buffalo Bill !

Mais, mais, mais, êtes-vous en droit de me dire ! Que vient donc faire Buffalo, ici même, dans cet article de blog ?!

Alors, pour répondre à cette question, il faut que je vous resitue dans le contexte : on est dans les années 1860 et c’est l’époque où le tirage de journaux et de petits romans à 4 sous prend vraiment son essor. Ned Buntline, un journaliste/romancier, flaire le bon coup et se met à sillonner l’Ouest des États-Unis pour récolter des histoires plus ou moins vraisemblables qu’il enjolive pour les rendre plus attractives. Bingo, ça marche ! On s’arrache ces histoires d’un genre nouveau dans lesquels sont mis en avant  le cow-boy courageux, l’Indien sauvage, l’homme de loi vertueux et le hors-la-loi impitoyable.

Comme le dit mon ami Wiki :

« Les Américains trouvent alors dans le cow-boy une identité nationale : le cow-boy symbolise l’homme habile, courageux, entreprenant et individualiste. Il représente en cela les valeurs fondatrices des États-Unis, mais surtout il est libre dans une prairie qui s’étend à perte de vue, vision d’une frontière sans cesse repoussée et d’un espace illimité qui n’existe plus. La popularité du cow-boy augmente, miroir de l’ambition collective américaine ».

Quand Ned Buntline rencontre Buffalo Bill, qui s’est illustré notamment comme chasseur de bisons, il décide de raconter ses nombreuses aventures, le faisant ainsi entrer dans la légende. Et Buffalo, voyez-vous, il a le nez fin, très fin. Quand il se rend compte de sa popularité grandissante, il décide de mettre en scène, en 1883, tous les plus grands stéréotypes de l’Ouest Américain à travers un des plus grands shows de l’époque, le Buffalo Bill’s Wild West. 

 

buffalo_bill_wild_west_show_c1899

 

Alors là, j’arrête tout. Fermez les yeux les amis (enfin, à moitié sinon c’est galère pour lire). Imaginez-vous notre Buffalo national qui met en scène un spectacle de 3h, sous un chapiteau de cirque, avec absolument TOUT ce qui symbolise le grand Ouest : la chasse aux bisons, le Pony Express, l’attaque du convoi de pionniers et d’une diligence, l’intervention de la cavalerie et le massacre final des Indiens, le tout agrémenté de quelques courageux cow-boys qui sont en train de devenir un mythe de plus en plus éloigné de la réalité. C’est comme aller dans le Far West mais les dangers en moins, pratique ! Imaginez un peu l’impact qu’a pu avoir un tel spectacle sur les mentalités, et les stéréotypes qui ont pu s’imprégner dans la tête des spectateurs de l’époque !

Et quand je vous dis qu’il sait y faire Buffalo, c’est qu’il sait y faire. Son spectacle fait le tour des États-Unis, avec notamment plus d’un million de spectateurs à New-York en 1886 ! Il s’entoure alors des plus grandes figures de l’Ouest, comme par exemple le chef indien Sitting Bull, la tireuse d’exception Annie Oakley ou encore… Calamity Jane !

 

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Le show connaît un tel succès qu’il s’exporte en Europe en 1887 et alors là c’est le délire. La tournée passe notamment dans plus de cent villes françaises et le spectacle sera même présenté au pied de la tour Eiffel, attirant au total… 3 millions de spectateurs !

Si le mythe était déjà en train de se créer quand Buffalo Bill a lancé son spectacle, on peut dire que c’est en partie grâce à lui qu’il est arrivé jusqu’à nous…

Voilà maintenant où je veux en venir mes amis : On associe toujours les cow-boys et les indiens, or c’est la cavalerie qui a essentiellement défendu les convois face aux attaques amérindiennes. Les cow-boys ont bien sûr du se battre contre les Amérindiens puisque, lors des grandes transhumances, ils passaient par leurs territoires. Mais, finalement, si les cow-boys et les indiens sont devenus indissociables et si à l’heure actuelle l’image du Far West nous fait rêver, c’est parce que les romans, les shows (dont surtout celui de Buffalo Bill) et bien sûr l’apparition des westerns au début du 20eme siècle ont complètement déformé la réalité. Tout a été mélangé, retravaillé et enjolivé à travers les médias qui ont pu ainsi promouvoir les valeurs de courage et d’héroïsme qu’ils voulaient transmettre au reste du monde.

Si vous venez un jour à Houston, je vous emmènerai voir le Museum of Fine Arts qui regroupe une magnifique collection de tableaux d’un de ces artistes qui me laisse sans voix : Frederic Remington. J’ai du passer des heures à admirer ses tableaux dans une petite salle du musée. Je les montre à tout le monde. Ce célèbre peintre a croqué la vie du Far West juste avant que celui-ci ne devienne une légende et que ce genre de vie ne disparaisse à jamais.

 

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(Celui là c’est mon préféré. L’image ne lui fait honneur mais il se dégage une tension incroyable de ce tableau en vrai)

Vous l’aurez compris avec mes 3 derniers articles, l’histoire des États-Unis me passionne intensément, et j’espère vous avoir transmis un peu de ma passion ! Vous avez aimé ?! J’espère… j’ai passé tellement d’heures à y travailler !

Dès lundi prochain, on change complètement de sujet pour parler… d’Halloween ! Et croyez-moi, j’en ai des choses à vous montrer !

D’ici là, je laisse le mot de la fin à Remington qui déplore la fin d’une époque, juste avant que le Far West ne devienne ce mythe qui arrivera jusqu’à nous : « Je savais que les cavaliers sauvages et les espaces déserts étaient sur le point de disparaître à jamais… J’ai vu le dernier souffle de vie de trois siècles américains de fumée, de poussière et de sueur ».

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22 commentaires sur « Les cow-boys et les indiens, entre mythe et réalité (partie 2) »

  1. Bravo pour ton article tres interessant ! Tu as en effet du passer des heures a faire des recherches !
    J’attends avec impatience ton article sur Halloween. J’ai vraiment decouvert cette fete en habitant aux US (a l’oppose du Texas, dans le Michigan) et j’ai adore cette grande communion nationale, cette joie enfantine communicative, ces decos completement loufoques ! Habitant maintenant au Royaume-Uni, je suis decue de constater qu’Halloween est tres peu fete.. Alors j’ai hate de me replonger dans l’atmosphere americaine au travers de ton article !

  2. Bravo pour tout ce que vous faites et votre style très allant et si plein d’humour.
    J’habite en France et j’ai de la famille à Houston. Je suis comme vous un grand admirateur du tableau de Remington « The herd boy » mais ce tableau il me souvient de l’avoir vu en 2014 à Calgary (Alberta au Canada) et non à Houston.

    1. Merci pour votre commentaire qui me fait très plaisir ! Je vois qui vous êtes, je connais très bien Céline 😉 Ce tableau est à Houston, mais il avait du être déplacé pour une exposition provisoire à Calgary je suppose. Si vous venez à Houston un jour, je vous conseille vraiment l’expo de Remington au MFAH, c’est vraiment saisissant de réalisme !

  3. Moi aussi j’ai un faible pour le tableau de l’indien dans la neige, je retourne régulièrement le voir. Et à chaque fois, j’ai l’impression de ressentir le froid comme ce pauvre indien!

  4. Alors là, j’en reste pantoise : j’étais loin d’imaginer des shows dans ces années-là et avec ce succès ! Ah ces Américains, ils ont l’art de faire les choses en grand ! En tout cas ton article est très intéressant, j’ai appris plein de choses alors merci… et j’attends la suite avec Halloween puisque même ici au Japon, on y a droit 😉

  5. Super ces deux articles, très vivants et instructifs 🙂
    Ah la communication, incroyable le pouvoir d’influence que ça a. En tout cas, je n’immaginais pas une telle envergure de spectacles pour l’époque. Bravo en tout cas pour les recherches et l’humour 🙂

  6. Merci pour crevette série d’articles passionnants. Je les ai dévorés avec beaucoup de plaisir! C’est marrant, je me souviens bien de Buffalo Bill dans Lucky Luck, mais j’ignorais que lui-même avait largement contribué à bâtir la légende de l’ouest.

    1. Merci pour ton gentil commentaire ! Moi aussi j’ai connu Buffalo Bill dans Lucky Luke, tout comme Calamity James et Billy the Kid… Mais finalement je ne savais pas vraiment ce qu’ils avaient fait tous ces gens !

  7. Merci pour cet article passionnant ! Je comprends mieux les mythes autour des cow-boys et des indiens !
    C’est passionnant de voir à quel point la réalité peut être déformée pour servir une communication autour de valeurs.
    Les œuvres de Remington sont magnifiques, je connaissais une partie de son travail (grâce aux nombreux livres d’histoire de l’art qui trainent à la maison), mais ne m’étais pas renseignée plus que ça sur son œuvre. Je vais tenter de combler ce manque, car il me semble passionnant !

    1. Merci pour ton commentaire Tamia ! C’est pour moi aussi un sujet absolument passionnant ! On comprend tellement de choses sur le présent en essayant de mieux découvrir l’Histoire. J’ai connu Remington il y a quelques temps à Houston et je trouve ses tableaux magiques, je vais me renseigner un peu plus moi aussi !

    1. Bonjour Pierre Yves, et merci pour tes différents messages auxquels je réponds un peu tard en raison de notre voyage au Costa Rica !
      Et bien j’ai envie de dire « Chiche »! C’est bien le Texas, il ne faut pas hésiter à venir !

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