Récit d’une gueule de bois

C’était un mercredi matin, en plein mois de Novembre.

Je me lève, la bouche pâteuse, le regard vitreux, l’air hagard. Une énorme envie de vomir me tord le ventre. J’ai mal au cœur.

Une vraie gueule de bois.

Pas de bol pour quelqu’un qui ne boit pas d’alcool.

La nuit a été courte, il faut pourtant se lever. Mon corps a du mal à suivre, pour mon cerveau c’est encore pire.

Je me repasse la soirée en boucle dans la tête. A quel moment ça a vraiment commencé à merder ?

J’y croyais fort pourtant. Gagné d’avance. Facile. Évident.

Le petit déjeuner ne passe pas au travers de ma gorge serrée.

J’hésite à aller me maquiller. Je ne ressemble pas à grand chose avec mes traits tirés, mais à quoi bon ? Je risque encore de pleurer de toute façon.

Jamais, jamais, je n’avais pensé que je réagirais comme ça, aussi mal. Après tout, ce n’est pas mon pays, je n’avais même pas mon mot à dire.

Mais il a gagné. Oui, lui.

Je prépare mes enfants pour l’école, et leur insouciance me fait du bien. 4 ans, à leurs âges, ils ne s’en souviendront pas. N’empêche, j’ai mal pour eux.

Je vis la journée dans un nuage. Je ne suis pas la seule apparemment. Je pense que la nuit a été courte pour tout le monde… Certains gravitent autour de moi, rayonnants. Je ne peux pas. La nausée est encore là.

Trump a gagné l’élection présidentielle aux USA, pays qui m’accueille les bras ouverts depuis 6 ans. Cette nuit de cauchemar, je ne la souhaite à personne. Les discours blessés. Les regards perdus. L’incompréhension. La nausée face à la haine. La gueule de bois du lendemain. Le vide qu’on ressent est indescriptible et, croyez-moi, il ne vaut vraiment pas le coup d’être vécu.

Cette fois-ci, j’ai mon mot à dire. Quelle étrange sensation, d’ailleurs, de pouvoir voter pour un pays que j’aime tant mais qui est si loin de moi, alors que je n’ai pas pu voter dans un pays où je vis et que j’aime tout autant.

Cette chance là, je ne vais certainement pas la laisser passer.

Parce que l’après est impensable. Parce que l’après est la honte. Parce que l’après fait bien trop mal. Parce que l’après, je ne veux pas le revivre. Parce que l’après, je ne vous souhaite pas de le vivre.

Samedi 6 mai, j’irai voter. Parce que je ne veux pas que votre lundi matin ressemble à mon mercredi matin.

 

11 commentaires sur « Récit d’une gueule de bois »

  1. Oui c’est ça, on risque une sacrée gueule de bois. Tout ça parce que certain(e)s jouent avec le feu en pensant qu’ils tiennent mieux l’alcool que les autres. Désespérant…

  2. J’imagine le choc – quand je me suis réveillée j’avais des hauts le coeur moi aussi. Quand l’impensable se produit, tout se bouscule dans nos têtes.
    Il est encore temps pour nous en France d’éviter ça.

  3. Super article! Chez moi aussi, ça a été le choc total. De notre côté, nous avons encore une semaine pour tenter de faire réagir ceux qui ne veulent pas voter… A mon sens, c’est trop grave pour s’en désintéresser… Et sur une note plus positive, j’ai parcouru un peu ton blog, j’aime beaucoup tes récits 🙂

  4. OUAH! j’ai cru que tu avais chopper un drôle de virus. 😉
    En vrai c’est pas si différent d’un « Virus ». Alors il faut pas le laisser nous infester. Et rester souder et se battre ensemble (même à des milliers de kilomètres).
    Merci à toi et à tes textes toujours très intéressant à lire.
    Bonne journée 😉
    Amande

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s