Autant en emporte le vent : un récit bouleversant, saisissant et terriblement révoltant…

Les amis, vous le savez, sur ce blog on parle à peu près de tout (enfin, JE parle un peu de tout toute seule, en fait, mais personne n’a l’air de faire de réclamation sur le côté décousu du truc donc je suppose que c’est que ça vous convient !) Donc aujourd’hui on ne va pas parler du Texas, des animaux sauvages, de Trump ou de mes coups de gueule, non. Aujourd’hui, on va parler littérature. Ouais. Pour de vrai. A froid, un mardi matin.

Si je vous dis « Autant en emporte le vent« , vous me répondez forcément Scarlett O’Hara, histoire d’amour, film des années 30, love. Mais si vous me dites « Autant en emporte le vent« , mes amis, que puis-je vous dire mis à part que c’est selon moi un des plus grands chefs d’œuvres littéraires de tous les temps ?

Je viens de reposer, il y a quelques jours, cette œuvre titanesque, qui me hante littéralement depuis que je l’ai refermée, complètement pantelante. Œuvre titanesque de part sa taille, déjà : 1500 pages. Honnêtement, je n’ai rien vu passer, et j’en aurais volontiers lu 1500 autres. Œuvre titanesque, ensuite, de part la richesse historique de son récit, qui nous plonge, haletants, en pleine guerre de Sécession. Œuvre titanesque, finalement, de part la profondeur de ses personnages, qu’on hésite autant à aimer qu’à détester.

Scarlett O’Hara est une jeune Sudiste de 16 ans, têtue, égoïste, séductrice et terriblement prétentieuse, quand éclate la guerre qui va déchirer les États-Unis dans les années 1860 au sujet de l’abolition de l’esclavage. Tout au long du récit, nous allons la suivre au plus près de la guerre, au cœur de ses émotions : son amour éternel pour Ashley, sa rencontre tumultueuse avec Rhett, sa haine pour les Yankees, son dédain pour les esclaves, ses sautes d’humeur, ses pensées les plus noires, ses actes les plus sombres. Jamais je n’ai lu un livre avec un tel anti-héros. Et ce qui est incroyable, c’est qu’on ne sait même pas quoi penser d’elle, entre l’envie de la voir évoluer et celle de lui tordre le cou. Tout est tellement bien décrit qu’on vit cette histoire au cœur de l’action. On espère, on doute, on a envie d’intervenir, on rage… Ce roman est un vrai condensé d’émotions.

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Je n’ai jamais vu le film, et je ne le regarderai sans doute jamais. Comment pourrait-il rendre honneur à un tel roman ? C’est certainement un film légendaire, mais j’ai cru comprendre qu’il se focalisait surtout sur la relation Scarlett-Rhett, qui n’est en fait qu’une infime partie du roman. Il y a tant à découvrir à côté de ça : la vie insouciante que vient faucher la guerre, les épreuves, la lente et difficile Reconstruction, le tout mené par des personnages nombreux, complexes et saisissants.

Pourquoi ai-je eu envie de vous parler de ce roman aujourd’hui ? Bien sûr, pour vous conseiller de le lire, évidemment. Je ne me suis toujours pas remise de la façon dont l’auteur, Margaret Mitchell, nous mène d’une main de maître du début de ce livre jusqu’à la toute fin qui est, à mon sens, l’une des chutes les plus épatantes que j’ai jamais lu dans un roman. Mais surtout, j’ai eu envie de vous parler de ce roman car je l’ai aimé… autant que je l’ai détesté.

« Autant en emporte le vent » est empreint d’un racisme qui donne envie de vomir à toutes les pages. Quand on parle de racisme, dans un livre sur l’esclavage, on pense aux blancs qui traitent les noirs de la manière la plus vile qui soit. Ce roman est pire que ça. Margaret Mitchell, qui l’a écrit 90 ans après la fin de la guerre de Sécession, dépeint la société Confédérée comme une douce chimère, qui ne retrouvera jamais sa joie de vivre après tous ces événements. Les personnages noirs, creux, inexistants, sont dévoués corps et âmes à leurs bons maîtres blancs et, après la guerre, ils deviennent soit complètement perdus face à cette nouvelle liberté, soit fainéants, prétentieux et arrogants. Les hommes blancs, pour contrer la prise de pouvoir de la ville par les noirs, se voient dans l’obligation de créer un groupe pour défendre la population blanche. Vous l’aurez deviné, c’est le Ku Klux Klan.

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(Maison coloniale – Plantation de coton – Louisiane)

Que dire d’un tel roman ? Quel message l’auteur a t-elle voulu nous faire passer ? Comment de telles qualités littéraires ont-elles pu servir à ce point à édulcorer ce qui s’est passé réellement ? La société est décrite dans tout son romantisme et son insouciance, sans aucune remise en cause de l’une des plus grandes hontes de l’Histoire. Aucun passage ne condamne l’esclavage, les Yankees sont les ennemis à abattre, ennemis qui n’ont manifestement rien compris au bénéfice mutuel qu’apporte la traite des noirs (la bonne blague). Ce livre traduit l’état d’esprit de l’auteur et de bon nombre de ses compatriotes sudistes de l’époque : les noirs sont présentés comme des êtres inférieurs.

Je crois que si ce roman a tellement résonné en moi, au delà de l’indéniable puissance de l’écrit, c’est qu’après 7 ans passés au Texas, ancien État Confédéré, esclavagiste, je ne peux que me demander comment la pensée a pu évoluer, un peu plus de 150 ans seulement après tous ces événements. Le livre a été écrit dans les années 1930. 1930, c’était il y a à peine 90 ans… L’Histoire récente des US est à la fois courte et terriblement violente, et je ne parviens pas à savoir ce qu’est devenu ce racisme ambiant. Ici, dans le Sud des États-Unis, il est très facile de visiter des anciennes plantations de coton. Au pied des immenses maisons coloniales on retrouve les cases des esclaves, systématiquement. Petites, sales, peu aérées. Quelle honte. Comment, en voyant ces maisons de désolation, peut-on un seul instant ne pas blâmer l’esclavage tout en se berçant de récits de l’ancien temps ?

Je vous laisse la parole maintenant… Est-ce que l’un d’entre vous l’a lu ? Partagez-vous mon sentiment ? Je serais heureuse de pouvoir échanger avec vous, car ce livre est bien plus qu’un grand roman. C’est un récit bouleversant, saisissant et terriblement révoltant.

PS : si l’Histoire vous intéresse, je vous remets ici des liens d’anciens articles pour que l’histoire du Texas et la terrible méprise sur la réalité de la vie des cowboys n’aient plus de secret pour vous !

L’histoire (passionnante) du Texas (promis) !

Les cow-boys et les indiens, entre mythe et réalité (partie 1)

Les cow-boys et les indiens, entre mythe et réalité (partie 2)

27 commentaires sur « Autant en emporte le vent : un récit bouleversant, saisissant et terriblement révoltant… »

  1. J’ai vu le film, il y a longtemps mais jamais lu le livre … Il serait peut être temps ? Je ne sais pas que te dire. A priori,ça aurait peut-être au moins le mérite de voir ce qu’il se passe dans la tête des racistes. Et je me demande si les bons gros racistes sont vraiment choqués quand ils voient les cases dans lesquelles vivaient les esclaves.

  2. Depuis le temps que je souhaite lire le livre.
    J’ai vu le film, et si il est vrai qu’il traite de l’histoire d’amour, je le trouve intéressant d’un point de vue historique aussi. Un film ne peut jamais égaler un roman.
    Quant à l’esclavage je ne sais pas sir l’écriture a le pouvoir de faire évoluer les mentalités. De certains peut-être. J’ose espérer.

  3. j’ai vu le film je ne sais combien de fois, quand j’étais enfant, chez mes parents, ça faisait parti des films qui passaient a chaque noël (entre les bronzés font du ski et le petit lord fonteleroi) bref. j’adorais le film, et j’ai lu aussi le livre, mais vers 20 ans je crois. ça fait un bail du coup 😉 je me souviens m’être dit que effectivement le film restait plus sur l’histoire de scarlett et Rett, alors que dans le livre il se passait bien d’autres choses, mais comme tu dis, un film est toujours obligé de faire des choix par rapport au livre. Je ne me souviens pas de cette façon de voir l’esclavage, ou j’étais trop naïve, ou je ne me souviens plus… il faudrait que je le relise maintenant, sans doute. Après, ce film, c’est quand même quelque chose, qui je pense, mérite d’être vu au moins une fois dans sa vie…

      1. ah mon dieu , tu ne connais pas. c’est un film qui passait tous les ans le 24 décembre. c’était un petit orphelin au 19eme siècle recueilli par une famille de riches… et c’était hyper triste !

  4. C’est drôle, on n’en parlait il y a peu avec mon mari. Il a vu le film et il le déteste, tellement il est empreint de racisme et tellement c’est filmé comme si c’était normal dedans. Ne l’ayant ni vu, ni lu, je ne sais pas à quoi il fait allusion mais dans sa tête, le film ne dénonce pas le racisme, il l’approuve.
    Du coup, je n’ai pas du tout envie de le voir … Mais là, franchement, tu m’as donné une envie folle de le lire !!

  5. Même chose pour moi j’ai vu le film mais pas lu le livre. En revanche j’ai lu la suite …qui n’a probablement rien à voir avec la plume de Margaret Mitchell. Et certainement plus édulcoré. Je me souviens avec nostalgie de l’époque où il cherchait l’actrice qui remplacerait Vivian Leigh pourc e film. J’étais en espagne à ce moment là (beaucoup de pays ont participé je crois) et chaque actrice passait un bout d’essai après le journal. Une sorte de « The voice » avant l’heure ! Il y a eu un tel battage médiatique ! finalement je ne sais pas si le film a vu le jour 🙂 mais l’actrice retenue était Joanne Whalley ! (malgré Demi Moore sur les rangs). Ah quels bons souvenirs !

    bref, le livre manque à ma culture, il va falloir que je m’y mette.

    1. Merci pour ton commentaire, j’ai appris quelque chose ! Je ne savais même pas qu’il y avait une suite ! Je te conseille de le lire, c’est un livre vraiment incroyable !

  6. QUOI ???? T’as pas vu le film ??!! (Bon ok moi j’ai pas lu le livre…) Mais enfin, t’étais où les 20 fois où j’ai dû le voir ? On habitait bien sous le même toit quand même ! 😁😁. Tu devais être en train de lire le dictionnaire encore (oui ça balance : Sophie lisait le dictionnaire… lol 😂). Bon maintenant que t’as lu le livre c’est trop tard, tu serais forcément déçu. En tout cas, je suis scotché ! Mdr 😄.
    Bisous ma N…. 😙❤

    1. Ah mais c’est de là que viennent mes quelques bribes de souvenirs de ce film !!!! MDR !!!! Je me demandais aussi comment je pouvais connaître ce film sans l’avoir vu… bah voilà ! J’en rigole toute seule, ha ha !

  7. Hello !

    J’ai lu le livre il y a… pfiou, j’ai pas envie de compter (parce que ça ne me rajeunit pas ^^). J’avais treize ou quatorze ans et j’en conserve un souvenir très semblable au compte rendu que tu viens d’en faire. On a envie de le balancer par la fenêtre tant il est écoeurant. Toutefois, comme toi, je l’ai dévoré.

    N’empêche, la question que tu poses est hyper pertinente : comment les choses ont-elles évolué ? Après tout, le livre a lui-même été écrit plus ou moins longtemps après les événements… Combien de temps cela prend-il, de faire évoluer une société ?

    Merci pour ton billet en tout cas, ça m’a bien plu de me replonger dans ces souvenirs !

    1. Difficile de savoir en effet comment les choses ont changé ! Certaines personnes doivent toujours penser comme à cette époque, ça c’est sûr… Merci en tout cas pour ton message !

  8. J’ai vu le film quand j’étais toute jeune (début de l’adolescence) et j’ai lu le livre vers mes 15 ans. autant dire que je n’avais aucun recul nécessaire ni pour l’un ni pour l’autre.
    Il faudrait peut-être que je relise ce livre pour voir ce que je ressens maintenant.

  9. J’ai lu le livre il y a au moins 20 ans, j’ai adoré, j’en garde un souvenir incroyable. Je le comparerais au Comte de Monte Cristo (que j’adore aussi). Une aventure humaine, une épopée mettant en scène un personnage hors du commun pas forcément sympathique mais tellement libre, impétueux et brillant.
    Je crois qu’Autant en emporte le vent est un monument littéraire basé sur un paradoxe. Profondément moderne avec cette héroïne presque anachronique pour l’époque tant elle est libre et par ailleurs, tellement archaïque avec ce monde nauséabond et moribond qu’il décrit. Nombreuses sont les oeuvres marquées par un contexte historique fort avec lequel on n’adhère plus maintenant. Il faut juste le prendre comme un témoignage d’une époque et non pas comme une forme de prosélytisme. Combien de livres d’auteurs français sont empreints d’antisémitisme et sont pourtant considérés comme des chefs-d’oeuvres ?
    Sinon je te conseille de regarder le film, considère juste que c’est une oeuvre différente. Dans son genre c’est aussi un monument.
    Bref, je sus fan… Tellement fan que la devise de Scarlett est un peu la mienne : tomorrow is a another day !

    1. Excellente analyse ma chère cacahouete cosmique, je partage tout à fait ton ressenti ! C’est vraiment drôle que tu le compares à Monte Cristo qui est… mon roman préféré 😉 J’ai moi aussi fait la comparaison tout au long de ma lecture, et le personnage de Scarlett m’a fasciné autant que celui de Edmond Dantes. Deux personnages avec une destinée incroyable, deux personnalités hors du commun…
      Peut être que je regarderai le film un jour, quand la magie du livre sera un peu estompée 🙂 Et concernant la phrase choc, moi c’est celle de la fin qui m’a marquée : Frankly my dear, I don’t give a damn… 😀

  10. Eh bien je crois que nous avons les mêmes goûts littéraires 😉 Tu m’étonnes que ce soit compliqué pour nous d’écrire quoi que ce soit quand on a de telles références^^.

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