Le syndrome Jean-Claude Van Damme

Un jour, le grand Jean-Claude Van Damme a dit : « Un replicant quand il naît, il est physically formé comme un gars de 40 ans, mais son brain… comment on dit ? son computer brain ? son cerveau, il faut qu’il absorbe tout ce qu’il y a autour, qu’il voit les couleurs, qu’il touche comment sont les choses, il est aware…  »

Vous n’avez rien compris et c’est normal, je ne pense pas que lui non plus se soit vraiment compris en philosophant. Mais allez, avouez, ne nous sommes pas tous légèrement moqués un jour ou l’autre de ce Bruxellois émigré aux États-Unis qui cherchait un mot sur deux dans sa langue maternelle ? Ne le faisait-il pas un peu exprès ? N’était-ce pas pour se faire remarquer ?

Enfin moi, j’avoue, je me suis moquée, et puis un jour, à mon tour, je suis partie comme lui en expatriation.

La première fois que j’ai cherché un mot en français, je m’en souviens très bien. J’étais au téléphone avec ma maman en France, et je voulais lui expliquer que j’avais emmené mes enfants au playground. « Hier il faisait un temps magnifique, on en a profité pour aller au… au… au playground… euh… au… le truc, là, avec des toboggans, des balançoires, des cabanes et tout… Mais si voyons, le playground, là où les enfants courent partout et où les parents s’ennuient à mourir ! Le playground, mais bon sang, comment on dit en français déjà, c’est pas possible ???!!! » Le SQUARE donc. Facile, quand on s’en souvient.

Ce jour-là, pour la première fois, j’avais été touchée par le syndrome JCVD, le syndrome Jean-Claude Van Damme. Après quelques mois aux États-Unis, je venais enfin de comprendre ce que vivait ce pauvre monsieur exilé au bout du monde comme moi. Et je ne me suis plus jamais moquée.

Le syndrome JCVD a ça de chouette qu’il te surprend partout, n’importe quand, dans n’importe quelle situation. Tu parles en français comme si de rien n’était et puis d’un coup – blank space – tu trouves plus un mot. Il est là pourtant, pas loin, sur le bout de ta langue… Tu le vois dans ta tête, tu sais qu’il est là quelque part, tu n’as plus qu’à le faire sortir, et bien non, il se refuse à toi. Et sans même que tu t’en rendes compte, c’est son petit copain de ta langue d’adoption qui se glisse sans prévenir dans ta conversation.

Le pire, dans cette histoire, ce n’est pas tant quand tu es au bout du monde. Autour de toi, parmi tes amis expatriés, tous ont le syndrome JCVD à des niveaux plus ou moins aggravés. Cela crée une sorte de métalangage (« On va downtown ? », « Gare toi dans le driveway », »On fait un playdate ? » ) mais au moins, tout le monde se comprend. Non, le pire, c’est quand tu rentres en France, que tu tentes de parler normalement et que soudain, sans crier gare, un mot de ta langue d’adoption vient se glisser dans la conversation. Tu le vois, le regard amusé qui te regarde ? Celui de ceux pour qui le français glisse tout seul ^^?

Amis expatriés, aujourd’hui, vous pouvez de nouveau respirer car vous n’êtes plus seuls au monde. Le mal dont vous souffrez secrètement a un nom : le syndrome Jean-Claude Van Damme. Ça nous arrive à tous, partout, tout le temps. Notre brain est magique : il arrive à nous faire chercher des mots dans notre langue maternelle, alors que ceux-ci viennent tous seuls dans une langue qu’on ne maîtrise même pas. Ne vous inquiétez pas, c’est normal… Votre brain est tout simplement… aware !

Et vous, souffrez-vous aussi parfois du syndrome JCVD ?

14 commentaires sur « Le syndrome Jean-Claude Van Damme »

  1. Ah Jean Claude Van Damme, tout un poème!
    Moi ça m’arrive encore de ne pas trouver mes mots en Français, 5 ans après être revenu d’Irlande. Il y a des mots qui ne viennent qu’en anglais. Du coup, je fais souvent tout un charabia pour que mes interlocuteurs comprennent ce que je veux dire (un peu comme toi et le square!).
    Belle journée Sophie. Et merci pour ce super article de bon matin.

  2. Si je peux me permettre… 😅 Square est aussi anglais ! 😁 La bonne traduction française serait « aire de jeux ». Mais je ne suis pas sûre que beaucoup de personnes l’utilisent !!!

    Moi-même qui n’ai jamais vécu dans un pays anglophone, je pense utiliser plus souvent le mot playground que aie de jeux ! Mais mon mari a vécu aux US, ceci explique sans doute cela. 😘

    Sinon j’adore toujours autant vos articles, caustiques juste ce qu’il faut, ca fait du bien !

  3. ah ! même moi ça m’arrivait lorsque je bossais dans une multinationale ou les anglicismes étaient rois … ( tu as combien de slides dans ta prèzz ? / ASAP et tutti quanti ) bref. j’ai beaucoup ri quand mon mari est revenu habiter en France après 5 ans en Italie…
    Et puis j’ai ma tante, qui est partie vivre aux Etats unis en … 68. alors oui, le français, elle a du mal ( elle a été mariée uniquement à des américains ) ( oui j’ai bien écrit « des » :-))) ) bref non seulement elle a dû mal en français, mais en plus, elle nous parle un français délicieusement un peu désuet, avec des expressions qu’on utilise plus trop ! du style : « passe moi la flotte ! « 

    1. Trop mignon ta tante qui est restée dans les années 60 en français 🙂 Ici aussi je travaille dans un environnement francophone plein d anglicismes, c’est rigolo au quotidien !

  4. Très juste!
    Dans un autre registre, mais très proche, je parlais justement du syndrome géologique à Vincent aujourd’hui. Ou comment quand tu es à l’étranger, c’est la dernière couche sedimentée de langue étrangère qui te vient à l’esprit pour adresser la parole à quelqu’un dans la rue quand tu ne maîtrises pas la langue en question. En bref, pr demander le moindre truc à un italien, on leur parle le plus naturellement du monde en portugais, et quand on voit à leur tête qu’ils comprennent rien, on se reprend, toujours très naturellement, mais en espagnol, et comme ils comprennent pas non plus, ben on essaie le français, mais vraiment en dernier ressort et sous la contrainte. Va comprendre!

    1. C’est exactement ça ! Pendant mon week-end au Portugal, j’ai parlé anglais pour me faire comprendre, alors que le français est beaucoup plus proche ! Bizarre !

  5. Et quand tu vas apprendre le portugais, ça va être joyeux à la maison, le mélange des langues 😀 😀 ! Ça m’arrive aussi d’utiliser un mot japonais (malgré mon niveau nul) parce que j’aime l’intonation du mot ou que c’est vraiment typiquement le mot qui convient à une situation. Mais ce n’est jamais parce que j’oublie mon français, puisque je ne parle QUE français ici et un peu anglais. Ma fille aînée me parle souvent avec des mots anglais au milieu de la conversation, parce qu’elle ne retrouve plus le mot français… Je pense que si j’avais vécu dans un pays anglophone, j’aurais fait exactement comme toi ! Bon week-end Sophie !

    1. Merci ma Sandra ! C’est sûr que c’est compliqué, et j’attends de voir ce que ça va donner avec le portugais, ha ha ! Je suis pas sortie de l’auberge je crois !

  6. Ça m’arrive parfois, après 2 ans passé avec des anglais et un voyage en OZ/NZ…puis faut dire que l’anglais est plus simple que le français. Ou quand je cherche un mot anglais parfois, c’est l’italien qui me vient XD (problème courant chez les traducteurs – ma formation d’origine).

    1. Quand on parle plusieurs langues, c’est hyper compliqué ! En ce moment je m’embrouille à fond entre le français, l’anglais et le portugais, alors je te comprends 😉

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