L’amitié, quand on part vivre au bout du monde…

Toutes mes excuses pour ces quelques semaines sans publications! J’ai pourtant cet article en stock depuis plusieurs semaines… La version officielle de sa non publication est le manque de temps qui m’étouffe un peu en ce moment, la vérité c’est que c’est un article où je vous livre un peu de ma vie privée et que ce n’est pas évident pour moi de cliquer sur le fameux « Publier ». Mais je vais me forcer car j’ai envie de garder une trace du cheminement qui a pu m’amener à ce que je ressens en ce moment.

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L’amitié quand on change de vie… Vaste sujet que je vais aborder ce soir, tellement vaste et tellement personnel qu’il est certainement appréhendé par chacun d’entre nous de façon différente en fonction de nos parcours de vie. Peut-être parce que je souffre un peu de cette situation en ce moment, j’avais envie de vous livrer mes pensées afin de faire du vide dans ma tête et de la place dans mon cœur. Je ne sais pas encore ce qu’il va surgir de mon clavier mais je sais déjà que cet article sera sans filtre et viendra du plus profond de mon moi !

J’ai toujours eu très peu d’amis, tout au moins pendant les 28 premières années de ma vie, jusqu’à ce que je parte à Houston. L’esprit libertaire qui m’a accompagnée pendant toutes ces années, mes très nombreux déménagements, ma non-volonté de m’attacher à qui que ce soit ont fait que je n’ai jamais fait partie d’un groupe de copains. Est-ce que cela m’a fait envie ? Oui, assurément. Cela avait l’air vraiment « cool », et c’est l’âge où je voulais être « cool ». Est-ce que j’en ai souffert ? Pas vraiment… Je pense que j’étais beaucoup trop… enfin, pas assez… bref, pas trop dans le moule pour que ça puisse marcher à ce moment là.

De cette période, j’ai tout de même trouvé celle qui est devenue bien plus que ma meilleure amie, celle pour qui je traverserais les océans, celle que j’aime du plus profond de mon être, la seule à qui je le dis, celle qui est autant mon âme sœur qu’un membre de ma famille de cœur. C’est une drôle d’amie que j’ai trouvée là, un modèle unique, tellement atypique, avec un rire qui dépasse les frontières et un chemin de vie qui bouscule tout le monde. Elle me connaît autant que je me connais, et c’est elle que j’appelle pour faire le point sur ma vie. Ma copine, si tu passes par là, tu sais à quel point je t’aime !

Pour toi ma copine, qui aime tellement les couchers de soleil…

 

Quand je suis partie à Houston, j’ai volontairement coupé beaucoup de ponts afin de partir d’un nouvel élan. J’ai tout de même gardé contact avec de précieux amis, peu nombreux mais très chers à mon cœur. Certaines amitiés ont perduré jusqu’à aujourd’hui, d’autres ont vacillé un moment pour repartir de plus belle, d’autres se sont éteintes de leur belle mort. Vivre aussi loin pendant aussi longtemps est un vrai challenge pour l’amitié à distance. Difficile de s’appeler, impossible de se voir… La volonté de garder contact doit être forte des deux côtés pour que ça marche. Si vous avez déjà connu cette situation, vous devez savoir à quel point c’est loin d’être évident.

En arrivant à Houston, j’ai eu quelques mois de vide intersidéral en terme d’amitié, mais j’avais une petite fille encore toute neuve et tellement peu de temps pour penser à moi que cela ne m’a pas trop manqué. Et puis je les ai rencontrés, eux, et puis d’autres eux qui ont remplacé tous les premiers, repartis vers une nouvelle vie. Et puis j’ai rencontré elle, et lui, et elle encore… Mon cœur tout vide a été rempli de fêtes, de rires, de bons moments, de découvertes, de soutien. Mon whatsapp s’est enrichi de groupes colorés aux messages drôles ou émouvants, mon agenda s’est étoffé de dates d’anniversaire, de rappels, d’organisation. J’ai découvert les déguisements de chez Goodwill, j’ai pris bien trop de kilos, j’ai dormi trop de nuits bien trop courtes. Pour la première fois de ma vie, pour de vrai, j’ai fait partie d’un groupe d’amis. Au delà de ces amis, j’ai rencontré de magnifiques personnes, des personnes atypiques comme je les aime, des fonceurs, des rêveurs, des entrepreneurs. Dans la difficulté d’une épreuve, j’ai soudé une belle amitié avec celles qui me font rire en ce moment tous les jours sur Whatsapp et que j’ai hâte de pouvoir revoir pour rire avec elles à pleine voix.

Ma vie a vraiment pris une belle tournure pendant ces 7 ans, surtout lorsque j’ai rencontré ma première vraie amie non francophone. Encore une fois, une personne avec une vie bien trop atypique, au delà de l’impensable. Une amie d’une richesse incroyable, pour qui j’ai eu tellement peur que j’en ai pleuré plusieurs fois dans ses bras. Une amie pour qui j’ai été tellement heureuse que j’en ai également pleuré plusieurs fois dans ses bras. Une amie qui a un rire qui dépasse les frontières, elle aussi. Une amie qui force le respect. Je ne suis pas sûre qu’elle lise ces mots tout en français, mais elle n’en a pas besoin, elle sait que je l’aime et que je pense à elle autant qu’elle pense à moi.

Cette photo parait sûrement anodine, mais elle a tellement de sens pour moi…

En partant de Houston, il a bien fallu quitter tout ça. En déménageant à 8000 kms, je savais que je tirais un trait sur cette belle expérience d’amitié. Ce n’est pas tous les jours facile, le lien s’estompe, emporté dans les méandres de la vie. Et mon cœur, qui avait pris l’habitude d’être toujours plein, se retrouve d’un seul coup bien sec ici. Nous passons nos week-ends tous les 4 et même si j’apprécie beaucoup tout ce que nous construisons, le manque d’amis se fait cruellement sentir. Pour être plus précise, je ne sais pas vraiment ce qui me pèse le plus : ne connaître presque personne ici, ou connaître bien trop de monde là-bas ?

Chaque jour qui passe, je cherche des opportunités de rencontrer du monde. Je regarde autour de moi, j’écoute les conversations, je souris timidement. Grâce à mes enfants, je rencontre des parents, mais mon statut de maîtresse dans la même école me met comme d’habitude des bâtons dans les roues. Lorsqu’on me propose quelque chose, je saute immédiatement sur l’occasion, aussi éperdue qu’un lion en cage. Est-ce que je parais trop ci ? Ou pas assez ça ? Qu’est-ce que je dois dire ? Comment on se fait des amis, déjà… ?

Changer de vie remet tous les compteurs à zéro. De nouveau, tout comme il y a 7 ans, nous ne pouvons compter que sur nous mêmes, Olivier et moi. Quand il est parti une semaine le mois dernier et que j’étais seule, à qui aurais-je pu demander de l’aide s’il avait fallu ? Qui m’aurait gardé les enfants si je n’avais pas été en mesure de le faire ? Qui aurait su si ça n’allait pas ?

Malgré tout, ça avance en ce moment d’une belle façon. Je commence à rencontrer de bien belles personnes, ceux avec qui j’ai envie de creuser, ceux qui me font rire bêtement, ceux avec qui je discute sans voir le temps passer, ceux avec qui je suis tout simplement MOI. J’ai envie de croire en ces amitiés naissantes qui se mettent en place comme une évidence.

Ce n’est pas tous les jours facile, pourtant. Il faut ouvrir son cœur, sans le fermer sur ce qu’il a connu avant. Continuer à aimer ceux qu’on ne voit plus tous les jours, et apprendre à aimer ceux qui font désormais partie de notre quotidien. Je dois laisser de côté ce sentiment de trahison, cette culpabilité de passer à autre chose dans ce nouveau pan de ma vie. Je me fais souvent mentalement la liste de mes amis à Houston, pour me souvenir qu’ils ont été là, qu’ils ont existé. Ma vie ici est tellement différente de ce que j’ai connu, et je dois tellement tout reconstruire, que ma vie à Houston me semble appartenir à une autre personne. Il me faut être patiente maintenant pour recréer mon cocon, et attentive pour ne pas perdre celui qui n’existe plus. Est-ce que je vais y arriver ? L’avenir me le dira 😉

4 commentaires sur « L’amitié, quand on part vivre au bout du monde… »

  1. Tu dis beaucoup de choses vraies dans ton article… Après presque 7 ans aux Etats-Unis, la plupart de mes amitiés de France s’étiole mais celles qui restent sont très fortes. J’imagine que la barrière de la langue au Portugal doit aussi limiter les possibilités de rencontre… En tout cas je te souhaite tout le meilleur dans ce domaine qui a tendance à passer après le travail et la famille et qui est pourtant si essentiel pour une vie heureuse.

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  2. Oui c’est difficile. Et on sent plein d’émotions dans tes mots. On sent que c’est un sujet qui te tient à coeur.
    J’ai eu du mal aussi en partant en Irlande, puis en revenant. Pourtant mes amies étaient là. Toujours présentes. Ici et ailleurs, je le sais, elles le savent.
    Pourtant au quotidien, c’est léger, plus que léger. Et de nouvelles amitiés peinent à se former.
    Tu vas y arriver!
    Merci pour ton partage très émouvant.

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