Devenir écrivain…

Je ne me souviens pas exactement comment j’ai appris à lire, ni quand, mais une fois que la lecture a été acquise, elle ne m’a plus jamais quittée.

Quand j’étais enfant, je lisais tout le temps, dans mon lit, dehors ou même la tête en bas, je lisais des romans, des bandes dessinées ou des documentaires, je lisais tout ce que je trouvais, autant que je voulais, dès que je pouvais. Je lisais surtout beaucoup le dictionnaire, passionnée par tous ces mots qui défilaient devant moi, et dont les définitions me faisaient voyager.

Quand j’étais enfant, en revanche, je n’écrivais pas. Malgré ma passion pour la lecture, j’étais convaincue d’être une scientifique dans l’âme. Écrire était une torture, et mes textes étaient toujours vides de sens. L’orthographe était assez naturelle pour moi, mais la grammaire me résistait irrévocablement. Je ne comprenais pas les règles et ne voyais pas du tout l’intérêt de les appliquer.

Pendant mon adolescence, j’ai également lu énormément. Je lisais des histoires qui faisaient peur, je lisais des histoires tristes, je lisais des histoires de médecins légistes, d’enquêtes policières, d’enfants abandonnés, je lisais pour mieux comprendre le monde et appréhender un peu plus sa profondeur et sa réalité. J’étais à la recherche de sens, et c’est dans les livres que je l’ai trouvé.

En revanche, je n’écrivais toujours pas. Je me souviens avoir essayé très fort sur un sujet qui m’avait inspiré, cherchant avec soin mes mots pour décrire mes émotions. J’avais eu malgré tout, et une fois de plus, une note catastrophique et mes professeurs ne comprenaient pas comment moi, pourtant plutôt bonne élève, je pouvais écrire aussi mal.

Lorsque j’étais étudiante, j’ai découvert les romans historiques, les romans étrangers, les romans d’aventures. Je lisais, encore et toujours, et je surprenais mes amis qui ne comprenaient pas pourquoi je n’arrivais pas à m’endormir sans avoir lu au moins quelques pages, même à 6h du matin. Quant à moi, je ne comprenais pas comment on pouvait s’endormir sans avoir lu au moins quelques pages, même à 6h du matin.









Je n’écrivais toujours pas, mais c’est à cette époque que je fis un premier très grand pas, sans même m’en apercevoir. J’étais à ce moment là étudiante en géologie, et j’avais dû écrire un très gros rapport sur différentes couches géologiques. En me rendant mon document, le professeur me tint un discours que je n’ai jamais oublié : « Mademoiselle, votre travail en géologie était franchement insuffisant. Vous n’avez pas compris ce qu’on attendait de vous, et j’ai été obligé de vous mettre moins que la moyenne. En revanche, c’était tellement bien écrit que je vous ai ajouté deux points de plus, parce que j’ai pris un plaisir fou à vous lire. Êtes-vous sûre que vous ne vous êtes pas trompée de voie? « . Ce jour-là, pour la première fois et dans un contexte complètement inattendu, quelqu’un avait apprécié un de mes textes. Et il avait mis le doigt sur ce que je m’étais toujours cachée : je n’étais au fond de moi pas vraiment une scientifique, mais belle et bien une littéraire.

Ceci s’est confirmé un peu plus tard, lorsque j’étais jeune maman. J’ai découvert les grands classiques, ou plutôt je les ai redécouverts. Quoi ? Après toutes ces années de torture au collège et au lycée, était-ce bien moi qui ne jurais plus que par Hugo, Camus, Flaubert ou Dumas ? Sans oublier Zola, bien sûr – surtout – qui me touche au plus profond de mon âme. La lecture est devenue l’inspiration même de ma vie, et c’est là que celle-ci a fini par complètement basculer.

Tout doucement, très secrètement, ma respiration, enrichie par toute cette inspiration, a timidement essayé d’expirer. Ceci a commencé par quelques mots, sur un clavier. Puis par des textes plus longs, plus drôles, plus réfléchis. J’ai compris que le choix des mots avait son importance, que les phrases ont un rythme et une mélodie, et que j’arrivais de mieux en mieux à les entendre. J’ai découvert qu’on pouvait traduire des émotions, si celles-ci partent du plus profond de notre âme. J’ai compris que la lecture est l’inspiration et que l’écriture est l’expiration, et que l’un ne peut aller sans l’autre, dans une seule et même respiration.

Désormais, je lis comme j’inspire et j’écris pour expirer. Je lis surtout des romans du passé, parce que je crois profondément que c’est en comprenant l’Histoire qu’on peut écrire des histoires. Et après tant d’années à ne pas oser, à tâtonner, à chercher une reconnaissance qui n’était en réalité que le miroir de mon âme, j’ai enfin osé passer le message que j’aimais écrire, et que j’étais prête à me prendre par la main pour y arriver. L’idée a fait son chemin jusqu’aux oreilles des bonnes personnes, qui viennent de me proposer d’écrire leur histoire familiale. A moi. A celle qui a eu des mauvaises notes. A celle qui n’y croyait pas. A celle que cela étonne encore après tant d’années à être découragée.

Cela se fera, ou pas, je ne sais pas encore. Mais dans tous les cas, toutes ces années de tâtonnement n’auront pas été vaines. Quand on croit que rien ne se passe, on oublie que par un autre biais on s’enrichit quand même. Aucune inspiration n’est superflue, aucun apprentissage n’est vain. Et à un moment, il suffit de s’autoriser à faire entendre sa voix, pour pouvoir enfin oser suivre sa voie.

On m’a proposé d’écrire le roman d’une vie, et c’est l’aboutissement pour moi d’une très longue inspiration. Est-ce que c’est ça de devenir écrivain ?

20 commentaires sur « Devenir écrivain… »

  1. Félicitations et bon courage pour ta nouvelle aventure !

    Pour ma part, ce n’est pas dans les livres que l’on apprend la vie. C’est à travers les expériences de la vie. Ce sont ces expériences qui t’ont peut-être amené à comprendre aujourd’hui ce que tu ne comprenais pas hier ? On n’apprend pas dans les livres à devenir maman. On n’apprend pas dans les livres à se remettre d’un traumatisme… La littérature n’apporte qu’une ouverture d’esprit, affine l’intelligence… mais ce n’est que théorique. Rien ne vaut la pratique.

    A l’inverse de toi, je ne lisais pas beaucoup, sauf par obligation scolaire. Mais j’écoutais beaucoup les anciens parler de leur vie, leurs expériences… J’écoutais énormément les histoires d’antan et du jour. J’écoutais le vrai vécu des gens… J’ai grandi, j’ai construit ma vie, j’ai fait de bons et de mauvais choix, j’ai vécu à mon tour, j’ai forgé mon esprit et mon caractère et je vis encore pleinement ma vie dans le concret… Je ne lis toujours pas davantage, mais j’écoute toujours autant les gens me parler de leur vie…

    Je n’ai peut-être pas non plus la fibre d’un écrivain. Je ne sais pas inventer des histoires et les coucher sur le papier. Mais je sais exprimer les émotions dans l’écriture. Et si tu sais les extérioriser aujourd’hui dans tes écrits, est-ce peut-être du fait d’être une maman ? Lorsque tu deviens maman, les émotions, il y en a. Enfin, je suppose (je ne suis malheureusement pas une maman, dans une autre vie, je l’espère de tout cœur), je me trompe peut-être.

    Félicitations encore ! Et je te souhaite un plein de belles choses à venir.

    Christine

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce beau commentaire Christine ❤️
      Personnellement, les romans m’ont appris à inventer des histoires, et je pense que si j’ai beaucoup d’imagination aujourd’hui c’est grâce à tout ce que j’ai lu.
      Par rapport aux émotions, j’ai en effet plutôt été inspirée par mes propres expériences de vie, ainsi que celles des autres, que j’ai attentivement écoutées. Mais je pense quand même que c’est en lisant que j’ai acquis les nuances du vocabulaire à utiliser. L’écriture est à mon avis une addition de nombreuses inspirations, qui diffèrent certainement en fonction des personnes. C’est ce que je trouve passionnant d’ailleurs, c’est d’une richesse incroyable !
      Je te souhaite le meilleur pour la suite 🥰

      Aimé par 1 personne

  2. Il y a autant d’écrivain qu’il y a de livres ! C’est merveilleux de créer, c’est une respiration qui nous redonne notre humanité ! « Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. » — Samuel Beckett

    Aimé par 1 personne

  3. Un magnifique texte Sophie dans lequel je me reconnais beaucoup!
    Toujours croire en soi et donner vie à ses rêves. C’est quand on sort du besoin de reconnaissance et qu’on se laisse porter par ce qui fait sens pour nous que les choses bougent.
    Je te souhaite une belle aventure! Et plein de beaux projets!

    Aimé par 2 personnes

  4. J’avais voulu posté un commentaire pour ton précédent message car j’avais lis entre les lignes que tu te dirigeais vers cette voie. Moi aussi, je vais commencer une formation en fin de semaine prochaine pour une nouvelle orientation professionnelle liée à l’écriture. Je te souhaite beaucoup de réussite dans ce beau projet. Amicalement

    J'aime

  5. Va au bout de ton rêve, Sophie !

    Beaucoup n ont pas de rêves…
    Toi, tu le tiens : alors ? Alors, vas y et tiens nous au courant, on a hâte de savoir.
    Je te souhaite le meilleur…. qui est là.
    Bien à toi, très amicalement,
    Sylvie.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s