Fermer nos anciennes portes

Drôle de titre, n’est-ce pas ? Mais j’ai beau essayer de le retourner dans tous les sens, je n’en vois pas d’autres. Je trouve pourtant que ça sonne bizarre, « Fermer nos anciennes portes », peut-être parce que c’est quelque chose qui est un peu difficile à faire dans nos vies. Mais j’ai pris ces jours-ci conscience de ce petit détail, qui est finalement peut-être le plus important, et j’ai envie de vous partager ma réflexion.

On parle presque toujours d’ouvrir de nouvelles portes, d’aller vers une nouvelle voie, de se concentrer sur l’avenir, et cela nous amène à regarder dans une seule et même direction. S’intéresser à ce qui va se passer est une étape fondamentale dans toutes les périodes charnières de nos vies. Nous ne pouvons bien sûr pas deviner l’avenir et bien souvent la vie nous emmène sur une autre voie que celle que nous avions imaginée. Mais en général on se focalise sur ce nouveau chemin qui s’ouvre et qu’on a hâte de chevaucher.

Or, il me semble qu’il y a une chose qu’on néglige un peu trop souvent, c’est de bien fermer la porte derrière nous. Autant éviter les courants d’air, n’est-ce pas ? 🙂

Si je prends mon exemple de l’expatriation, avec 2 expériences très intenses à mon actif, j’ai remarqué que la transition Houston-Lisbonne a été plus facile que la transition Lyon-Houston. Certes, la deuxième fois est certainement plus simple car on sait à quoi s’attendre, mais dans mon cas ce n’est pas la seule raison.

Lorsque je suis arrivée à Houston, je n’ai pas fermé la porte de Lyon, et pendant 7 ans j’ai vécu dans une instabilité permanente. Je ne trouvais ma place ni d’un côté ni de l’autre, parce que je n’acceptais pas de lâcher ce que je venais de quitter. Au fil du temps, les choses se sont apaisées bien sûr, mais de temps à autre je retrouvais cette ambivalence de ne pas savoir à quel côté j’appartenais vraiment.

Avec quelques années de plus, (= la vieillesse la sagesse) ma deuxième transition s’est beaucoup mieux passée, parce qu’en quittant Houston, j’ai fermé la porte de cette expérience, ce qui m’a permis de fermer aussi celle de la France définitivement.









Entendons-nous bien sur cette notion de fermer la porte définitivement : cela ne veut pas dire pour moi que je ne retournerai jamais en France. Mais cette expérience LÀ est terminée, et si un jour je rentre en France, c’est par une nouvelle porte que j’ouvrirai. Cela ne veut pas dire non plus que je renie ce qui est resté derrière la porte. Au contraire, il faut les chérir très fort, toutes nos expériences, mais il faut savoir aussi les laisser en paix derrière soi, porte fermée.

Pour conclure, j’aimerais pousser la réflexion un tout petit peu plus loin. Lorsque j’ai quitté l’enseignement, j’ai soigneusement fermé la porte, parce que c’était vital pour moi. Et aucune, AUCUNE autre porte n’était ouverte. Rien. Des idées, oui. Des envies, oui. Des projets, oui. Mais des portes ouvertes, non. Et devinez ce qu’il s’est passé ? J’ai tout d’abord flotté dans un entre-deux, qui a été assez difficile à accepter. Et une porte s’est ouverte, puis une autre. Le plus dur est donc passé, et cela nécessitait de se faire suffisamment confiance quand rien ne semblait se passer.

Il faut croire que j’ai envie de vous parler de changement de vie en ce moment. Peut-être parce que je suis en plein dedans, sûrement aussi parce que j’ai le secret espoir que cela puisse vous aider. Je vous parle depuis la lorgnette de ma propre expérience, mais j’espère que ceci peut faire écho à vos propres cheminements. Les détours que peuvent prendre nos vies me passionnent, alors n’hésitez pas à me dire si mes textes vous touchent, car ce n’est jamais très facile de discuter tout seul face à son écran 😉 Mon email est ouvert (clic ici), ou bien la section des commentaires. Merci !

En tous cas, j’espère que ce message atteindra la personne pour qui je l’ai écrit, et qui se reconnaîtra. Vas-y ma belle, moi j’y crois pour toi !

6 commentaires sur « Fermer nos anciennes portes »

  1. Salut Sophie. J’aime bien aussi te lire. Je ne participe pas toujours en commentaires mais je suis là. Pour ma part, je ferme toutes les portes du passé mais jamais sans les fermer à clé car j’aime bien y retourner pour revoir des personnes qui n’ont pas voulu franchir ces portes avec moi par peur, par ignorance ou bien par simple choix. Je pense à l’une de mes soeurs que je ne vois plus depuis 4 ans ou bien à ma mère depuis presque 20 ans déjà. Pour moi, l’expatriation est un peu comme une porte dérobée, celle que l’on ouvre par hasard sans vraiment savoir à quoi s’attendre derrière. Malheureusement, c’est aussi une porte que l’on ferme régulièrement à ta place et qui peut même être condamnée. C’est ce qui risque de nous arriver en juin 2021. Le retour dans la pièce d’à côté (Paris) serait une grande déception pour nous. J’ai repéré il y a quelques jours un escalier dans notre pièce actuelle (Houston). Je ne sais pas où il mène car il est en colimaçon mais j’ai bien envie de monter voir. Bises à toi, à Olivier et aux enfants qui ont bien grandi d’ailleurs. On reconnait à peine Salomé.

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    1. Coucou Alex, et merci pour ton soutien quotidien ! J’espère sincèrement que vous pourrez utiliser cet escalier en colimaçon car je sais à quel point vous vous êtes bien habitués à Houston (qui aurait cru quand on s’est rencontrés la première fois il y a pas mal d’années maintenant !). Je vous embrasse tous les 4, au plaisir de te relire sur le blog !

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  2. Vive l’expatriation ! C’est l’effet Kiss Cool… Blague mise à part (quoique), fermer nos anciennes portes revient à dire tourner la page, clore un chapitre, fermer le tiroir de sa commode, tourner la clé de la serrure de son armoire, etc. Bref, tu saisis le concept. Or, c’est un leurre. Et fort heureusement. On ne ferme jamais réellement les portes anciennes, présentes et celles à venir, car elles nous servent de couloir afin de passer spirituellement d’une porte à une autre. Chaque porte représente un stade franchi de notre vie. Nos portes restent toujours ouvertes. Elles nous permettent de traverser notre propre temps, de nous laisser aller vers la nostalgie, de nous souvenir, d’affronter le présent (bien qu’il soit subjectif), d’aller de l’avant, etc.
    Ce ressenti d’être (ou d’avoir été) dans l’entre-deux est plus que l’ouverture d’une nouvelle porte, c’est l’ouverture d’esprit par la découverte d’une autre culture que la sienne. En exemple, c’est quelque part la similitude d’avec un enfant adopté qui rechercherait ses origines naturelles. Et c’est cette découverte d’une habitude culturelle différente de la nôtre qui crée ce ressenti. En gros, on n’est plus vraiment d’ici, ni d’ailleurs. Bien que l’on garde nos références culturelles propres, on se retrouve chamboulé (physiquement et psychologiquement parlant) à l’ouverture de cette porte vers l’inconnu. On perd ses repères. On doit s’en créer d’autres. C’est comme si l’apocalypse avait déboulé dans notre vie établie. Bon, c’est peut-être un peu fort comme image, mais c’est un peu ça quand même en gros, genre the walking dead, un moins violent bien sûr…
    Mes propos doivent te sembler un peu barrés, je te l’accorde, mais peu importe.
    Le principal est que, nous, expatriés, malgré nos ressentis, avons cette chance incroyable de découvrir et vivre le monde des autres. Personnellement, c’est le plus beau cadeau qui soit, avoir la chance de vivre le quotidien d’un peuple, de partager sa culture… C’est une richesse inestimable…
    Je ne sais pas si ou lorsque tu rentreras en France, mais tu verras si ce jour arrive, tu ressentiras peut-être la même chose que maintenant. Je ne te dis pas cela, bien sûr, pour te casser le moral. Mais lorsque l’on rentre « chez soi », on s’aperçoit que l’on n’est plus vraiment chez soi. On devient étranger de son propre peuple. On ne l’a pas vu évoluer ; ce ne sont pas les quelques semaines de vacances passées en famille qui nous permettent concrètement de voir cette évolution.
    Bref. J’arrête de t’ennuyer (enfin, je ne l’espère pas :)) avec mon long discours. Je te souhaite simplement de profiter à fond de chaque nouvelle porte que la vie t’offrira à ouvrir. Le principal est que tu sois bien dans ta tête, ton corps, avec ta famille et dans ta vie nouvelle…
    Et moi, je te souhaite de te prendre plein de courants d’air… ça rafraîchit… 🙂
    Bisous,
    Christine

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    1. Merci pour ton commentaire ! Mon ressenti est différent car j’ai besoin de clore ce qui a derrière moi pour y voir plus clair sur la suite. Cela ne veut pas dire de renier le passé, parce que j’y pense souvent avec beaucoup d’affection, mais clore un chapitre m’aide vraiment beaucoup pour avancer 😉 Je me dis que parfois, on se leurre sur ce qui reste derrière et qui continue de nous attirer, notamment lors des changements de vies. Gardons du passé les bons souvenirs et l’enseignement qu’on en retire, mais laissons derrière ce qui ne nous correspond plus 😉

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