Et alors le portugais, ça avance ?

Figurez-vous que j’ai un passe-temps secret auquel je m’adonne de temps à autre, c’est de relire de vieux articles de blog que j’avais écrits il y a longtemps. D’une part, ça me permet de retrouver différentes étapes de ma vie et les émotions qui allaient avec à ce moment-là, et d’autre part cela me fait beaucoup rire avec certains articles plus légers, car oui, je fais partie de cette caste de gens qui se font rire tous seuls ^^. En farfouillant dans les tréfonds de mon blog, j’ai donc retrouvé un article qui m’a autant fait rire en le relisant que j’avais rigolé en l’écrivant : Apprendre le portugais pour les nuls.

Cet article ayant été écrit il y a deux ans lors de mon arrivée à Lisbonne, il me semble qu’il est plus que temps de faire un petit bilan sur mon évolution linguistique. Je sais que ça vous intéresse. Si, si. Enfin tout du moins je sais que vous êtes polis et que vous lirez cet article jusqu’au bout. Enfin je crois.

Sans grande surprise, et malgré toute ma bonne volonté, je peux déjà vous annoncer une nouvelle pas très reluisante : je ne parle toujours pas couramment portugais, loin de là. Je pense même pouvoir dire que mon niveau est faible, c’est dire.

Vous vous souvenez peut-être de ma théorie du bilinguisme chez l’expatrié, d’après ma petite expérience de vie aux US . La voici telle que je l’avais écrite après 4 ans à Houston :

Stade 1 : tu viens d’arriver, tu comprends rien, tu parles pas. Simple, rapide, mais pas très efficace.

Stade 2 : tu commences à comprendre quelques bribes de conversation si tu écoutes un seul interlocuteur. Dès qu’il y a un groupe, tu te mets à penser à ta liste de courses. Niveau parler, tu as de la peine pour les gens en face qui essaient de ne pas décrocher en t’écoutant ramer.

Stade 3 : Youhou, tu comprends enfin mieux ! Bon tu passes à côté des blagues et du langage familier, mais si ton interlocuteur n’a pas un trop fort accent, tu peux à peu près suivre (en très gros, quoi…) Tu commences à pouvoir t’exprimer avec des mots dont tu ne soupçonnais même pas l’existence quelques mois plus tôt. Il faut juste pas d’imprévus. Les Mormons qui sonnent à ta porte pour te refiler la Bible, t’aimes pas (vécu). T’as pas encore le vocabulaire pour t’en dépêtrer.

Stade 4 : Là, tu commences à pavaner. Tu comprends, tu participes à peu près aux conversations (petite astuce de sioux : ne finis pas ta phrase si tu galères, laisse la en suspens… y’en a forcément un qui prendra pitié de toi à un moment pour t’aider à terminer sans que ça se voit trop…). Tu commences même à envoyer des sms en anglais, en te disant que quand tu seras grand(e), tu feras inventer un système qui auto-détruit les messages approximatifs (les écrits restent…). Et alors là, ATTENTION, faut pas trop t’endormir sur tes lauriers, parce que tu repasses assez vite du stade 4 au stade 3. Tu sais pas pourquoi, d’un coup, pfiout, t’as tout oublié. Et tu galères avec tes Mormons.

Stade 5 : tu es devenu beaucoup plus humble. Au début, tu as l’excuse que ça fait pas longtemps que tu es là. Là, tu l’as plus. Alors de temps en temps tu joues le tout pour le tout, et tu balances un petit « he would have been », « he could have done » et tu pars vite en courant. Le pire, c’est que parfois ça passe ! Alors tu reviens en sifflotant, comme si c’était ta seconde nature de parler au plus-perfect antérieur. Dans tes jours de folie, tu te mets à écrire quelques mails. Et tu te demandes comment terminer ton message, histoire de ne pas mettre « Bisous » à ton directeur.

Stade 6 : Tu te surprends un beau matin à comprendre la radio. Ouais, la radio. Avec des vrais gens, qui parlent, rigolent, font des blagues, posent des questions dans une langue qui n’est pas la tienne. Alors certes, parfois tu rates un ou deux trucs, mais waouh, tu comprends la radio ! Et tu comprends que tu comprends les paroles de chansons. Et tu comprends que c’était mieux avant, quand tu comprenais rien. Tu en es au stade où tu passes d’une langue à une autre sans t’en rendre compte, et parfois tu ne sais plus dans quelle langue tu as parlé. Tu écris des mails sans avoir 18 de tension. Pour autant, tu es loin d’être bilingue, très très loin. Il te manque toutes les expressions, le langage familier et les références culturelles. Mais quand les Mormons sonnent chez toi, zou, expédiés !

Je n’avais pas écrit à l’époque les stades suivants, puisque j’en étais au stade 6 à ce moment-là. Fort heureusement, je parle maintenant anglais de manière très fluide, ayant en plus autour de moi de nombreux amis étrangers, avec qui c’est notre langue commune. Malheureusement, pour le portugais, c’est beaucoup plus dur. Il faut dire que je partais de zéro, contrairement à l’anglais où j’avais quand même une petite base… Je pense donc que j’en suis à un stade 2+, voire un petit stade 3 dans mes grands jours…

Croyez-moi, au quotidien, ce n’est clairement pas suffisant. Pour acheter du pain ou commander au restaurant, ça va, mais je me sens bloquée dans quasiment toutes les autres situations. Prendre un rdv médical est difficile. Demander un renseignement dans un magasin est difficile. Remplir sa feuille d’impôts, lire un compte-rendu médical, faire réparer sa voiture est difficile.

Je pense sincèrement qu’il y a trois facteurs qui expliquent pourquoi je ne parle pas très bien après plus deux ans. Tout d’abord, appelons un chat un chat : le portugais est une langue difficile à apprendre. Elle me fait beaucoup penser au français, avec sa conjugaison pleine de temps compliqués, avec ses règles de grammaire pleines d’exceptions, et surtout avec son accent qui ne permet pas facilement de démêler quand commence un mot et quand il se termine (d’où mon impression que chaque phrase est un seul et même interminable mot…). D’autre part, les portugais que je côtoie parlent presque tous très bien anglais ou français. C’est un fait indéniable, ils sont autrement plus débrouillards que nous pour apprendre une langue étrangère… Et puis enfin, les langues, c’est comme toutes les autres disciplines : parfois on est doué, parfois on ne l’est pas. Clairement, apprendre une langue étrangère est tout sauf naturel pour moi !

Donc voilà, j’en suis là, c’est-à-dire pas très loin. Au début, j’avais l’excuse que je venais d’arriver, mais maintenant ça passe un peu moins bien. Mais c’est décidé, en 2021, fini la rigolade, je m’y mets sérieusement. Et quand je vous écrirai mon prochain article sur le sujet dans un an, je vous promets que j’en serai au stade 27. Au moins. Peut-être. On verra.

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SURF-TRIP EN INDE : QUAND LE RÊVE SE TRANSFORME EN CAUCHEMAR

« Je ne sais pas ce qui se passe, je ne me sens pas très bien… » Je regardai Tom, vraiment étonné. Lui, véritable force de la nature, toujours partant, en excellente santé, était en train de me dire qu’il allait abandonner une session de surf exceptionnelle pour aller se reposer ?

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4 commentaires sur « Et alors le portugais, ça avance ? »

  1. Super ton article ! Je m’y retrouve complètement. C’est tellement ça ! Ceci dit, tu n’es pas la seule à te faire rire. J’ai beaucoup ri aussi. En outre, je fais partie de la même caste. Au moins, on sait qu’il y a une personne qui s’amuse de notre humour…
    Sinon, une petite histoire perso. Lorsque je suis arrivée en Angleterre, j’entendais un journaliste à la radio finissant la présentation de ses infos en disant « bon dimanche ». La première fois que je l’ai entendu, c’était un dimanche. Donc, toute fière, je disais à mes nouvelles amies (toutes fraîches) anglaises, waouh, cool, ce charmant journaliste parle français, il nous souhaite « bon dimanche », c’est sympa. Le lundi et les jours de la semaine qui suivaient, le même journaliste disait de nouveau à la fin « bon dimanche ». Là, je me suis dit qu’il y avait peut-être un problème. Quelques temps plus tard, l’une des Anglaises eut pitié de moi et me dit qu’il ne souhaitait pas « bon dimanche », mais qu’il se présentait, comme tout journaliste à la fin des infos qu’il énumérait, et ce « bon dimanche » s’est transformé en Andy March.
    Sur ce, je te souhaite bon courage et j’attends avec impatience ton stade 27, à défaut du Get.

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    1. Oh purée, j’ai pris un FOU RIRE en lisant ton commentaire, ha ha !!! Je l’ai même lu à mon mari tellement j’ai trouvé ça drôle… peut-être parce qu’il synthétise toute la difficulté des débuts de la vie d’expat ! Merci pour le partage 😀

      Aimé par 1 personne

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