L'école à la maison

Comme certains ici le savent, je suis maîtresse en CP-CE1, dans une école française au Portugal. Enfin, J’ETAIS maîtresse, plutôt, car depuis 10 jours je suis devenue animatrice conférencière spécialisée sur Zoom et sur Seesaw… Vous ne connaissez pas ces deux programmes ? Moi non plus il y a 10 jours, et pourtant ils sont devenus mes deux alliés indispensables pour assurer le suivi pédagogique de mes élèves. Je ne les maîtrise pas encore très bien d’ailleurs, mais je travaille d’arrache-pied pour y arriver, et je me dis que ça va bien finir par rentrer, un jour.

Avant, j’étais à l’école de la vie, avec des élèves pour de vrai, et je passais mes journées debout, passant d’un groupe à l’autre, d’un bobo à un bonheur, d’un incident à un sourire, et le tout sans jamais faire de pause pipi. Avant, j’étais enfermée mais j’étais libre, libre de suivre avec mes élèves le rythme que je voulais, de revenir sur ce qui n’était pas compris, libre de lire une histoire ou d’entonner une chanson. Avant, j’étais maîtresse dans une classe pour de vrai.

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Être parent

Hier, j’étais dans le bus avec mes deux enfants lorsque j’ai vu une jeune maman monter à son tour, une poussette d’un côté et un petit loulou de 4 ans de l’autre.

Tandis qu’elle luttait pour caler sa poussette, sortir ses tickets et s’assurer que son enfant tenait bien debout, une autre maman lui est venue en aide. Elles ont alors commencé à discuter. Le bébé de 6 mois qui se réveille toutes les heures la nuit, le mal de dos de devoir toujours le porter, la fatigue, la lassitude, la course effrénée de la vie avec de jeunes enfants… Et tandis qu’elles parlaient, la jeune maman tentait d’empêcher son petit qui était dans la poussette d’appuyer sur le bouton d’arrêt pour les personnes en fauteuil roulant, pile à sa hauteur. Ces deux mamans paraissaient lasses mais gardaient le sourire pour montrer que malgré tout, tout allait bien.

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Pourquoi partons-nous de Houston ?

En voilà une bonne question !  Pourquoi partons-nous de Houston, après 7 ans passés ici, une carte verte, une maison achetée, deux CDI et des amis précieux que nous n’avons pas du tout envie de quitter ?!

 

J’hésitais à vous raconter notre cheminement, mais un commentaire suite à mon précédent article m’a vraiment permis de comprendre à quel point ce partage d’expérience peut aider tous ceux qui hésitent à s’expatrier. La personne, dans son commentaire, me disait qu’elle aimerait partir, mais qu’il lui manquait LE truc pour oser franchir le pas. Je n’ai pas LE truc, parce que c’est propre à chacun, mais je peux vous donner des pistes de réflexion pour que vous puissiez ensuite décider si c’est une expérience que vous avez envie de vivre ou non.

 

Dans cet article, je ne vais pas vous parler de mon premier départ, celui qui m’a amené à Houston. C’était il y a longtemps, j’étais plus jeune, je venais juste d’avoir un bébé, nous ne vivions pas dans la même ville avec Olivier, et j’avoue que les raisons sont un peu floues pour moi. Je me souviens juste que j’étais suffisamment instable pour que l’idée de déménager et changer de métier encore une fois ne me fasse pas plus peur que ça 😉 Aujourd’hui je vais vous parler de ce nouveau départ, qui compte beaucoup plus à mes yeux, car il est issu d’une longue réflexion, que je vais partager avec vous dans cet article aujourd’hui.

 

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Le poids des mots

S’il y a bien un lieu où on se rend compte du poids que portent les femmes sur leurs épaules, c’est bien à l’école, à travers la bouche de leurs enfants.

Il y a quelques semaines, un de mes élèves n’avait pas de gourde d’eau. Comme c’est plus pratique pour moi qu’ils en aient une, je me suis entendue lui dire : « Ce n’est pas grave, demande à maman ce soir si elle peut t’en mettre une dans ton cartable pour demain ». Mon élève, satisfait, est reparti vaquer à ses occupations, et moi j’ai bloqué.

Pourquoi « maman » ? Pourquoi pas « papa » ? Ou « tes parents » ? Ça m’est sorti tout seul, comme une habitude, comme une évidence. Incroyable.

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Sans armes, et caetera…

Je pourrais vous dire à quel point je souhaite un contrôle des armes aux US. Je pourrais vous dire à quel point mon cœur se serre quand je lis ce genre de news. Je pourrais vous dire que je ne veux plus jamais qu’un tel massacre se reproduise. Mais je ne vais pas vous dire tout ça, car vous le savez déjà. Je le sais, je le sens, j’en suis sûre. J’ai confiance en vous.

Alors je vais vous dire de continuer à tendre la main aux étrangers, aux différents, à ceux qui rient, à ceux qui pleurent, à ceux que vous comprenez, et surtout à ceux que vous ne comprenez pas. Je vais vous dire que, dans ce monde qui évolue à toute vitesse, personne ne devrait rester seul, avec ses peurs, ses doutes, ses vices et son chagrin. Enfin, et surtout, je vais vous dire qu’ouvrir son cœur est certainement ce qu’il y a de plus difficile au monde.

Fermer son cœur, ça on sait tous faire, c’est facile, c’est connu. Ouvrir son cœur, c’est s’exposer à ses propres faiblesses, à ses propres doutes, à ses propres peurs. Ouvrir son cœur, c’est être blessé quand on blesse quelqu’un, c’est se tromper et le réaliser, c’est se museler pour ne pas juger, c’est être parfois maladroit et souvent à contre-courant. Ouvrir son cœur, c’est difficile, car nous avons tous ancré en nous notre culture, nos souvenirs, nos croyances, nos opinions. C’est un long filet fortement emmêlé, qu’il est bien souvent difficile de détricoter.

Pourtant, nous devons tous essayer d’être la bouée de secours de quelqu’un. Parce que ce ne sont pas que les armes qui doivent être contrôlées, mais bien l’isolement, le repli sur soi, la peur, la mauvaise tentation. C’est à la racine du mal que nous devons nous attaquer. Une seule arme est possible, celle du respect, de l’amour et de la tolérance. Ce n’est pas facile, mais c’est indispensable pour qu’aucun enfant, nos adultes de demain, n’en arrive un jour à une issue sans fin.

Love, sans armes, et caetera ❤️

Sophie

Et si notre vie avait été différente ?

J’aurais pu fuir un pays en guerre, mais j’ai juste voulu découvrir le monde.

J’aurais pu douter de revoir un jour ma famille, mais je peux les contacter dès que j’en ai envie.

J’aurais pu voir mourir tous mes amis, mais ils sont toujours là pour moi.

J’aurais pu trembler pour la vie de mes enfants, mais je n’ai qu’à trembler pour leurs petits tracas.

J’aurais pu ne plus me souvenir de l’odeur de mon pays, mais je peux rentrer me réconforter dans ses bras tous les ans.

J’aurais pu être blessée, j’aurais pu souffrir, j’aurais pu me noyer, mais je suis en parfaite santé.

Je suis expatriée, j’aurais pu être réfugiée. Un mot peut-il tout changer ? Oui, un mot peut tout changer.

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Quand Alep devrait nous donner à tous une bonne leçon…

Cher petit garçon d’Alep,

J’habite à Houston et je t’ai vu sur une vidéo sur Facebook il y a quelques jours… Tu te rends compte, tu as à peine 4 ans, et ton petit visage tout rond a fait le tour du monde ! Entre différents posts donnant des tutos de sapins en papier toilette et des idées cadeaux pour les fêtes, on te voyait là, assis sur une chaise, avec une dame – ta maman peut être – s’agitant autour de toi.

Vois-tu, cher petit garçon, tu as à peu près l’âge de mon fils. Il s’appelle Robin, il est en pleine santé et il a l’immense chance d’aller à l’école. Le matin, quand il se lève, il a un petit déjeuner chaud qui l’attend, avec des tas de bisous. Il part le ventre plein dans notre voiture climatisée, s’amuse innocemment avec ses copains, mange à midi le repas que je lui ai préparé, fait une sieste, joue avec une montagne de jouets, prend un bain bien chaud, mange de nouveau un repas équilibré, a le loisir de faire un caprice pour choisir son livre et enfin se couche dans un lit moelleux dans une maison bien chauffée.

Vois-tu, cher petit garçon, ça, c’est mon monde, et le monde de mon fils. Je ne sais pas comment c’est chez toi, mais je crois quand même que ton monde est un peu différent. Sur la vidéo, je t’ai vu le visage plein de sang – celui de ta maman aussi d’ailleurs. Et tu sais ce que tu faisais ? Rien. Tu ne pleurais pas. Tu ne criais pas. Tu ne parlais pas. Tu étais juste là, assis sur ta chaise, dépassé par la situation.

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Alep, je pense à toi…

« Maman, quand on est grand et qu’on a un bébé, est-ce qu’on peut quand même rester avec sa maman ? »

Tant d’innocence dans les paroles de ma fille de 6 ans m’ont fait sourire cet après-midi. J’ai regardé ses grands yeux plein de douceur et j’ai répondu naturellement :

« Bien sûr ma chérie, même si souvent, quand on est adulte, on ne vit plus avec ses parents ».

Puis nous sommes allées nous asseoir au square de l’école et, pendant qu’elle jouait avec son petit frère, j’ai pris le temps de regarder un peu mon Facebook. Entre deux photos de « chat albinos le plus mignon du monde » et « Like cette photo , laisse un 8 en commentaire et regarde ce qu’il se passe (et n’oublie pas de partager afin de polluer encore plus de monde)« , une amie avait partagé une vidéo sur Alep.

Cette vidéo montrait des gens en train de vivre ce que l’homme a pu créer de plus horrible dans sa stupidité : la guerre. Des êtres humains perdus dans les ruines de leurs vies, l’air hébété, le regard apeuré. A la fin de la vidéo, on voit un monsieur d’un certain âge, les bras en l’air, en train de hurler : « Nous sommes en train d’être massacrés ! Musulmans du monde entier, où êtes-vous ?! »

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